La SSI (sécurité sociale des indépendants) est le régime de protection sociale obligatoire des travailleurs non salariés (TNS) en France. Intégrée au réseau URSSAF en 2018 après la dissolution du RSI, elle couvre aujourd'hui plus de 4,6 millions d'indépendants : artisans, commerçants, professions libérales non réglementées et gérants majoritaires de SARL. Depuis le 1er janvier 2026, une réforme change la base de calcul de vos cotisations SSI : voici ce qui change concrètement et combien vous allez payer selon votre revenu.
Qui relève de la SSI ?
La SSI s'applique à tous les indépendants qui ne relèvent pas du régime général : artisans (activités BIC artisanales), commerçants, professions libérales non réglementées, et gérants majoritaires de SARL. Un gérant détenant plus de 50 % des parts sociales cotise à la SSI sur sa rémunération, mais aussi sur les dividendes excédant 10 % du capital social.
La distinction est nette avec la structure juridique de la SASU : l'associé unique est considéré comme assimilé salarié, donc rattaché au régime général. Cette différence représente 8 à 12 points de cotisations supplémentaires selon le revenu, mais ouvre une protection chômage que la SSI n'offre pas. Pour un gérant de SARL, le choix du statut conditionne directement le fonctionnement de la SARL et régime social du gérant : majoritaire, il relève de la SSI, minoritaire ou égalitaire, il bascule au régime général.
Les micro-entrepreneurs relèvent eux aussi de la SSI, mais avec un mode de calcul simplifié : leurs cotisations sont prélevées directement sur le chiffre d'affaires encaissé, sans passer par l'assiette forfaitaire détaillée plus bas.

2026 : la réforme de l’assiette sociale change la donne
Depuis le 1er janvier 2026, les cotisations des TNS ne sont plus calculées sur le bénéfice net imposable mais sur une assiette sociale unique : le revenu professionnel brut multiplié par 74 % (abattement forfaitaire de 26 %). Ce nouveau mode de calcul, issu du décret n° 2024-688, s'applique dès la campagne de cotisations 2026 et rapproche la base de calcul des indépendants de celle des salariés, alignée sur la logique de la CSG.
Concrètement, vous ne partez plus de votre résultat fiscal après déduction des charges déductibles : la nouvelle assiette part du revenu professionnel brut, puis applique un abattement forfaitaire unique de 26 %, quel que soit votre secteur d'activité. Le taux global de cotisation reste proche de 40 à 45 %, mais il s'applique désormais sur cette base recalculée, ce qui modifie le montant final selon votre situation. Si vous démarrez votre activité, l'exonération de cotisations ACRE reste cumulable avec ce nouveau calcul et allège la facture la première année.
3 scénarios chiffrés : combien vous payez selon votre revenu
Pour visualiser l'effet concret de cette nouvelle assiette, voici trois scénarios avec le détail du calcul. Ce sont des estimations indicatives (hors ACRE, hors régime micro) : le montant exact dépend de votre secteur d'activité et de votre caisse de rattachement.
| Hypothèse | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| Cas A Artisan débutant, 20 000 € de revenu brut |
20 000 € x 74 % = 14 800 € d'assiette 14 800 € x ≈ 42 % |
≈ 6 220 €/an soit ≈ 518 €/mois |
| Cas B Commerçant établi, 45 000 € de revenu brut |
45 000 € x 74 % = 33 300 € d'assiette 33 300 € x ≈ 42 % |
≈ 13 990 €/an soit ≈ 1 166 €/mois |
| Cas C Profession libérale, 160 000 € de revenu brut (au-delà de 3 PASS) |
160 000 € x 74 % = 118 400 € d'assiette 118 400 € x ≈ 44 % (taux maladie-maternité au plafond) |
≈ 52 100 €/an soit ≈ 4 342 €/mois |
Au-delà de 3 PASS, soit 144 180 € de revenu en 2026, le taux maladie-maternité atteint son plafond de 8,5 %, ce qui explique l'écart proportionnellement plus élevé du Cas C. Pour absorber ce niveau de charges sans mauvaise surprise en fin d'année, mieux vaut calculer votre marge commerciale pour absorber ces charges dès la fixation de vos prix.

Les taux de cotisations par branche en 2026
La cotisation SSI globale se décompose en plusieurs branches, chacune avec son propre taux. Voici le détail actualisé :
| Branche | Taux 2026 |
|---|---|
| Maladie-maternité | 0 % à 8,5 % (barème progressif, plafond atteint au-delà de 3 PASS soit 144 180 €) |
| Retraite de base | ≈ 17,75 % dans la limite du PASS, puis 0,60 % au-delà |
| Retraite complémentaire | ≈ 7 % à 8 % selon la tranche de revenu |
| Invalidité-décès | ≈ 1,3 % |
| Allocations familiales | 0 % à 3,1 %, taux plein au-delà de 52 866 € de revenu net |
| CSG-CRDS | ≈ 9,7 % |
| Formation professionnelle | 0,20 % à 0,29 % selon l'activité |
La correction la plus importante par rapport aux années précédentes porte sur la maladie-maternité : ce taux grimpe désormais jusqu'à 8,5 % pour les revenus les plus élevés, contre un plafond nettement plus bas auparavant. Si votre revenu progresse d'une année sur l'autre, vérifiez où vous vous situez par rapport au seuil de 3 PASS avant de fixer votre prévisionnel.
Droits ouverts : santé, retraite, prévoyance
Cotiser à la SSI ouvre des droits identiques à ceux du régime général depuis l'intégration à l'URSSAF : remboursement des soins, indemnités journalières en cas d'arrêt de travail (sous conditions de revenu minimum), pension de retraite de base et complémentaire, capital décès pour vos ayants droit. La différence historique avec les salariés portait sur le délai de carence et le niveau des indemnités journalières, des écarts qui se sont progressivement réduits depuis 2018.
Pour les indépendants qui hésitent encore entre plusieurs statuts avant de se lancer, le régime social attaché à chaque forme juridique (SSI pour un gérant majoritaire de SARL, régime général pour un président de SASU) doit peser dans le choix au même titre que la fiscalité ou la responsabilité. Le mode de calcul du seuil de franchise de TVA à ne pas dépasser vient d'ailleurs souvent compliquer cette projection de revenu, puisqu'il conditionne le chiffre d'affaires réellement encaissé.


